Hommage

Hommage à Maria Montessori

Par d’étranges ruses de l’histoire, il arrive que des apports pédagogiques, déjà décisifs au moment où ils ont été formulés, deviennent particulièrement d’actualité. Non par nostalgie ou culte d’un passé mythique, mais parce que le présent et la construction de l’avenir requièrent justement que l’on se ressource et retrouve l’essentiel.

Ainsi en est-il, à mes yeux, de l’apport de Maria Montessori. Elle a profondément marqué l’histoire de la pédagogie et beaucoup de ses apports sont devenus, aujourd’hui, des acquis. De nombreux professeurs, avec plus ou moins de discernement, se réclament d’elle. Et son fameux oxymore « Aide moi à faire tout seul » pourrait, au moment où la majorité des chercheurs en matière d’apprentissage s’inspirent de Vygotsky, être considéré comme le principe fondateur de la modernité pédagogique.

Mais il y a un domaine où le travail de Maria Montessori s’impose encore plus fortement… Parce que nous avons à faire face à une montée fantastique de la dispersion, parce que nos enfants et nos élèves sont soumis à un bombardement d’images et d’informations sans précédent, parce que la gesticulation, partout, a supplanté le geste, parce que les difficultés d’attention et de concentration représentent aujourd’hui le problème essentiel de bien des professeurs… il faut écouter Maria Montessori. Nul plus qu’elle n’a, en effet, montré l’importance de ce que le philosophe Gabriel Madinier nomme « l’inversion de la dispersion ». Ce travail de retour sur soi, cette formation à l’intériorité sans laquelle le sujet ne peut ni exister, ni se mettre en jeu avec les autres.

Parce que notre modernité est trop souvent fascinée par l’agitation superficielle, nous avons encore beaucoup à apprendre de Maria Montessori, de sa démarche et de ses propositions. Puisse-t-elle être entendue !

Philippe Meirieu
Professeur en sciences de l’éducation à l’Université Lumière – Lyon II
Directeur de l’Institut des Sciences et Pratiques d’Education et de Formation (ISPEF) à l’Université Lumière – Lyon II